Rencontre avec Norman Spinrad
Iris bleus, cheveux et bouc blonds, Norman Spinrad a le verbe généreux. Son dernier roman, "Il est parmi nous", paraît en exclusivité mondiale chez Fayard. Rencontre avec un monstre sacré de la science-fiction.
Votre nouveau livre est-il un roman de science-fiction ?
Récit de SF par son caractère spéculatif, c'est aussi un texte sur l'univers de la SF, ses codes et ses rituels. Mais pas seulement, car il traite également de la philosophie New Age, des rouages du show business et de la misère sociale. Par la diversité des thématiques embrassées, il vise tous les publics, et non les seuls fans de SF. Ce livre échappe au carcan qui enferme habituellement une oeuvre littéraire dans un genre déterminé. Il croise science et mystique, et ambitionne d'opérer une synthèse entre la SF, la littérature du possible, et le genre Fantasy, la littérature de l'impossible. Enfin, et c'est peut-être là son trait le plus caractéristique, c'est une comédie.
La SF peut-elle sauver le monde ou, Ã tout le moins, le changer ?
L'impact politique ou religieux de la SF est indéniable. Mais il n'a pas toujours été heureux. La ''Guerre des étoiles'', devenue, sous Ronald Reagan, un programme militaire, est le fruit de la création de romanciers de SF, Jerry Pournel en tête. Pensez aussi à la Scientologie, la secte fondée par l'écrivain Ron Hubbard. Les écrivains de SF ont effectivement la tentation d'influer sur l'évolution de l'espèce et de l'environnement.
Le titre de votre livre - ''Il est parmi nous'' - a une résonance religieuse... Quelle relation entretient-il avec le Nouveau Testament ?
Les deux textes ont en commun de raconter une histoire à plusieurs voix autour d'un messie. Ce rapport n'est pourtant pas au centre de mon livre. Ralf, le personnage clé, est un comique prétendument venu du futur pour fustiger les comportements destructeurs que l'homme a adopté vis-à -vis de son environnement. Ce qui compte n'est pas de déterminer si Ralf est ou non le messie. D'ailleurs, peu importe, car personne n'accorderait de crédit à la parole d'un type qui déboulerait du futur, qu'il soit politicien, scientifique au lieu de comique. En revanche, dans une société où le divertissement est roi, seul le comique serait en mesure de sensibiliser l'opinion. En définitive, c'est le message qui importe.
Les personnages sont traités comme des êtres cupides et cyniques...
La majorité d'entre eux ne voit en Ralf, au départ, qu'une poule aux oeufs d'or. Une des différences majeures de la France vis-à -vis des Etats-Unis est la prévalence de certaines valeurs sociales et culturelles sur la valeur argent. En Amérique, on dit que ''l'argent gouverne''. Pourtant, j'ai veillé à ce que, au fur et à mesure du récit, les personnages évoluent vers la prise de conscience collective de la nécessité de préserver la planète.
Vous avez signé avec Fayard un contrat d'exclusivité pour la distribution mondiale de cet ouvrage...
Oui et j'en suis ravi, car, en plus d'être un prestigieux éditeur français, Fayard est un éditeur généraliste. Aux Etats-Unis, cette oeuvre n'aurait pu sortir que chez un éditeur spécialisé, limitant ainsi son accès aux seuls amateurs de SF. Fayard me donne l'opportunité d'élargir le cercle de mes lecteurs.